Où va la gauche ?

Publié le 3 Février 2020

François Mitterrand avait réussi à construire un projet de rassemblement pour conduire la gauche au pouvoir. La Parti communiste avait accepté ce programme commun,  associé dans un équilibre tout mitterrandien au centre gauche avec le PRG. La force tranquille s’imposait avec sa part de rêve mais avec une réelle volonté de gouverner. François Mitterrand allait présider la France durant quatorze ans mais avec deux cohabitations. La gauche réussissait toutefois à gouverner sur la durée. Cette gauche au pouvoir donnera des femmes et des hommes remarquables, il serait impossible de tous les nommer comme Robert Badinter, Jacques Delors, Pierre Bérégovoy, Jacques Lang, Martine Aubry, Yvette Roudy, Lionel Jospin, François Hollande ou Ségolène Royal. La gauche était forte de toutes ces personnalités capables de gouverner le pays.

La situation aujourd’hui pour la gauche est tout à fait différente. C’est une gauche éclatée avec le poids important d’une force radicale. Jean-Luc Mélenchon, l’homme de « la République c’est moi » a constitué une force de contestation, d’opposition qui trouve son électorat, mais suscite aussi un fort rejet d’une partie importante de la gauche modérée. Mélenchon, tribun confirmé, aime les provocations, la grandiloquence et parfois n’est pas opposé à l’utilisation de formes plus violentes de combat politique. Mais tout cela ne forge pas une capacité à gouverner le pays. Cette virulence a gagné une frange du Parti socialiste avec les frondeurs lors du septennat de François Hollande, profitant d’une médiatisation pour se lancer dans une opposition interne radicale et sans issue. Le résultat de Benoît Hamon entraîne l’effondrement du Parti Socialiste.

Alors où va la gauche ?

Lors de la dernière élection présidentielle, une partie très importante de la gauche modérée a voté dès le 1er tour pour « la Révolution » d’Emmanuel Macron avec la volonté de répondre aux défis du pays en rassemblant la gauche et la droite modérées, pour gouverner ensemble le pays contre le chômage de masse, pour une Europe plus forte, pour une démocratie plus apaisée, contre la menace de l’extrême droite et du populisme. Les petites phrases du Président de la République, les orientations du gouvernement d’Edouard Philippe, les mouvements violents de contestation sont de natures à interrogation pour cette gauche et parfois même à l’éloignement. La volonté de Jean-Yves Le Drian de constituer un pôle rassemblant cette force pour peser davantage sur les orientations est nécessaire. Mais n’est-ce pas trop tard ?

Reste la personnalité de Ségolène Royal, la femme de gauche qui avait réussi après la défaite de Lionel Jospin à redresser la gauche. Elle avait su lors de l’élection présidentielle de 2007 construire un projet novateur, sans doute trop pour l’époque. Elle était surtout la première femme à se hisser à la première place, face aux ambitions des prétendants masculins. La bataille devait se faire entre hommes de l’appareil du parti, et voilà qu’elle jaillissait portée par un élan populaire. Peut-elle réussir à redéfinir une feuille de route à cette gauche divisée avec, comme avait su le faire François Mitterrand, une part de rêve et une part de réalisme pour gouverner le pays ?

Philippe Allard

Rédigé par Philippe Allard

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